Dans mon village, Justin avait la réputation d’un homme silencieux qui faisait son affaire sans trop se compromettre dans la vie des gens. Il avait une passion : ses abeilles. Il possédait six ruches qu’il visitait tous les jours. Lorsqu’il était dans les champs où il les avait placées, il se sentait chez lui. C’était son domaine.
En général, les gens ont peur des abeilles craignant leur dard. Justin, lui, pouvait être couvert d’abeilles et elles ne lui faisaient aucun mal. Au contraire, c’est comme si elles s’étaient habituées à lui, son odeur sans doute et ses gestes lents. Quand il soulevait les rayons pour en extirper le miel, il le faisait avec une telle délicatesse que les abeilles continuaient leur travail. Et quel travail !
On dit que lorsqu’elles butinent un champ de fleurs, elles font des allées-retours sans arrêt afin d’enrichir la ruche du pollen qu’elles ont recueilli. Ces infatigables ouvrières sont au service d’une reine qu’elles n’ont jamais vue pour la plupart. Leur travail est inscrit dans leurs gênes et elles rythment leurs journées au son de leurs ailes qui indique leur présence, peut-être aussi leur humeur. Elles sont nombreuses à travailler dans une ruche mais ne se marchent pas sur les pieds. Chacune à son travail.
Ce qui me fascine, c’est la passion de Justin pour ses abeilles. C’est beau de le voir dans le champ à recueillir le fruit du travail de ses amies aillées. C’est son royaume et il rayonne de paix et de joie. Il ne parle pas beaucoup mais il sait leur murmurer des mots inaudibles, un langage que seul l’amour de son métier peut transmettre. C’est son secret. Moi, je sais que ses abeilles le reconnaissent. Peut-être lui parlent-elles aussi.
Et toi, quelle est ta passion? Qu’est-ce qui te sors du lit le matin et qui te dit que ce sera une journée formidable? Heureux celui qui refait ses énergies dans ce qu’il aime… passionnément.
Gilles Blouin, assomptionniste Québec, septembre 2026 Aumônier diocésain CdeC