Ma visite à Michel-Sarrazin
J’avais appris qu’un ancien collègue de classe, perdu de vue depuis un bon moment, était entré en soins palliatifs à la Maison Michel-Sarrazin. J’ai décidé d’aller lui faire une courte visite puisque c’est à sept cents mètres de chez moi. J’avais le souvenir d’un cadre de beauté, près du fleuve, une maison spacieuse, accueillante et surtout un personnel infirmier et des bénévoles d’un dévouement extraordinaire. Ce centre est un vrai cadeau pour des gens en fin de vie.
Une amie à moi, infirmière de son métier, donnait une session de formation de trois jours pour les bénévoles. Elle devait leur apprendre que pour entrer en communion avec leurs patients, il leur fallait être en contact avec leur propre vulnérabilité, leur propre faiblesse. Leur but serait de donner du sens à ce que ces gens vivaient. Une attention particulière serait portée aussi aux familles visitant leurs proches, avec l’émotion vive qu’elles portaient dans ces moments difficiles. Toujours mettre de l’avant la sérénité, la douceur, la tendresse même.
Je rejoins donc mon ami et m’approche de sa chambre. J’hésite avant d’entrer, cherchant les mots qui conviennent, l’attitude à prendre sans feindre la surprise ni m’apitoyer sur son sort. Sera-t-il en train de dormir ou alourdi par les sédatifs ? Va-t-il me reconnaître ou a-t-il changé complètement ?
J’entrouvre la porte et le vois au fond de son lit, pâle mais conscient. Je lui prends la main et garde le silence, le laissant parler le premier. Il m’a bien reconnu. Il me dit : « Gilles, c’est la fin et j’ai bien hâte de ne plus souffrir. »
J’avale d’abord avant de lui dire : « Ça va bien se passer, tu sais. Je vois que tu es bien entouré. » La conversation se poursuit tout en douceur, sans faux-fuyant. C’est un peu lui qui m’a réconforté et mis à l’aise. Je crois qu’il est prêt pour le grand passage.
Si vous avez un ami qui vit ses derniers moments sur cette terre, n’hésitez pas à le visiter, lui prendre la main, le regarder droit dans les yeux. Ce sont moins les paroles qui comptent que la présence rassurante et amicale. Merci Michel-Sarrazin.
Père Gilles Blouin, assomptionniste
Aumônier diocésain